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La migration postnuptiale des oiseaux

Fabian Chèvremont

Introduction

« Spihz » et « Psitt », respectivement cris du pipit des arbres et de la bergeronnette printanière, représentent pour l’observateur impatient une sorte d’exultation après les longs mois d’attente.

Ils figurent l’entrée palpable en migration postnuptiale.

En effet, début août, la gent ailée entame le voyage de retour vers ses quartiers d’hiver après, espère l’observateur, avoir engendrer force oisillons.

Ces « Spihz » et « Psitt » sont une sorte d’émergence d’iceberg puisque la migration est en marche depuis quelque temps déjà avec les migrateurs nocturnes que l’on aperçoit de temps à autre en journée furetant au sol ou parcourant un buisson au-dessus duquel, peut-être, un pigeon ramier couve deux œufs tièdes.

Subtile intelligence de la nature, pendant que les uns voyagent, les autres en sont encore à éduquer la marmaille. C’est ainsi qu’elle partage : chacun son temps, les denrées et les espaces sont répartis.

Certains, suédois l’été, deviendront guinéens l’hiver alors que d’autres visiteront les bords du lac Victoria après avoir parcouru la Forêt-Noire…

Partir : lubie ou nécessité ?

Il existe plusieurs compartiments dans lesquels nous pouvons ranger les oiseaux (au figuré, rassurez-vous).

Les migrateurs « stricts » sont les premiers à partir. Ce sont généralement des migrateurs au long cours, appelés aussi sub-sahariens. Il s’agit d’espèces dont la totalité, sauf exception ou accident, quitte ses quartiers de reproduction pour vivre l’hiver dans les deux tiers sud du continent africain, là où la nourriture reste accessible et abondante -ou du moins suffisante- pour ces oiseaux souvent insectivores, piscivores ou carnivores.

Leur migration commence déjà en juillet (voire juin pour certains !) pour se terminer vers la fin septembre. Bon nombre d’entre eux sont des migrateurs nocturnes.

On peut citer le loriot d’Europe, la pie-grièche écorcheur, la tourterelle des bois, le rossignol philomèle, la bondrée apivore, etc.

Ils sont suivis par diverses espèces dont les mouvements diffèrent des premiers tant en nombre d’individus qu’en distance parcourue. Souvent, leur comportement erratique se borne au sud de notre continent ou au nord de l’Afrique. La plupart de ces oiseaux sont granivores. Ils fuient aussi le manque de subsistance infligé par l’hiver.

 Ils commencent leur migration en septembre et poursuivent jusqu’à la mi-novembre. Une large majorité est diurne.

Le pinson des arbres est le plus abondant représentant de la catégorie accompagné des alouettes des champs et lulu, des pipits farlouses, des pigeons ramiers et bien d’autres.

Il existe une frange de migration plus marginale (quoique…) que l’on nomme invasive.

 Ce sont des oiseaux qui ne surgissent qu’en cas de disette sévère sur leurs quartiers d’hiver.

Leur nombre peut être particulièrement impressionnant.

Le sizerin flammé ou le jaseur boréal font partie de ces visiteurs irréguliers.

Il y a enfin des populations sédentaires (peut-être les moins représentatives) ou presque selon l’endroit où elles élisent domicile.

Connaître et évaluer

Il existe divers moyens permettant d’évaluer l’état des populations et l’évolution dans leur phénologie. En voici trois directement liés à la migration :

Tout d’abord, l’observation des oiseaux en migration active, qui est menée par des observateurs sur l’ensemble du continent, consiste, par la simple observation, à compter le nombre d’oiseaux passant dans l’axe Nord(-Est)/Sud(-Ouest).

Cette observation se fait par un ou plusieurs observateurs armés de jumelles et de longues-vues depuis un point dégagé. La météo reste un facteur déterminant pour un comptage évident de cette frange de la migration qui peut être très spectaculaire.

 

Une autre technique d’observation sera le baguage.

Effectué par des personnes formées et autorisées à attraper des oiseaux afin de les baguer et de prélever un maximum de renseignements. On ne parlera pas là de comptage strict mais plutôt d’une évaluation des populations par extrapolation.

Le grand avantage de cette technique est la précision de l’observation du fait que l’oiseau soit pris en main afin de l’observer « sous toutes ses coutures ».

L’attrait principal sera la reprise de l’oiseau sur un autre poste afin de cartographier les voies de migration utilisées par l’individu voire l’espèce. Cette technique a fait fortement avancer nos connaissances ornithologiques, principalement chez les espèces nocturnes ou rampantes.

 

Enfin, depuis quelques années, le suivi acoustique des cris des oiseaux qui migrent après le coucher du soleil à permis de mettre à jour certaines connaissances dormantes.

Cela consiste à fixer la nuit entière sur une bande-son que l’on analysera à l’aide d’un programme adapté.

Grâce à cette technique, nous avons enrichi nos connaissances de manière assez significative, notamment pour des espèces comme le bruant ortolan ou certains limicoles.

L’ensemble de ces données peuvent être encodées sur les sites « www. trektellen.org » dédié au suivi migratoire des oiseaux ou sur « observations.be ». Elles sont visibles par tous.

 

Sûr que l’année prochaine encore, nombreuses seront les personnes sur le terrain levant les jumelles au ciel comme on salue depuis le quai d’une gare un ami qui part en voyage…

 

Sources :

*Le suivi des passages migratoires par observation directe en Wallonie et l’utilisation du portail www.trektellen.org

Jean-Yves Paquet & Rudi Dujardin

*La migration des oiseaux. Maxime Zucca

*Centre Belge de Baguage - BEBIRDS

 

Crédits photos : Fabian Chèvremont et Jean-Marie Poncelet

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